Consommer en grande surface détruit nos emplois

Le puits empoisonné

Avec nos comportements de consommation actuels, nous buvons tous les jours une eau empoisonnée : plus notre pouvoir d’achat se réduit, plus nous consommons en grande surface, et… plus notre pouvoir d’achat se réduit (en plus de consommer n’importe quoi). Car consommer en grande surface détruit nos emplois.

Dans le film « Tous comptes faits » d’Agnès Denis (Real Productions, 2008), le député J.-P. Charié explique que, dans son unique objectif de rentabilité maximum, la grande distribution « emploie trois fois moins de personnes minimum que le petit commerce ». À chaque fois que nous achetons en grande surface, nous contribuons à détruire de l’emploi : celui de voisins, de parents, de producteurs locaux, le nôtre, celui de nos enfants un jour(1).
À Josselin, à Ploërmel et ailleurs, les grandes surfaces étendent leur empire, sous prétexte de créer des emplois (à court terme ; à moyen terme, c’est autre chose, vous l’avez compris) et de servir le pouvoir d’achat du consommateur. Mais avait-on vraiment besoin à Josselin de ce nouveau Super U ? Avait-on besoin à Ploërmel de ce restaurant, de cette boulangerie, de ce coiffeur, etc. qui viennent d’ouvrir dans la zone commerciale Leclerc ?…

Plus il existe de petites entreprises sur un territoire, plus la croissance économique locale est importante, en milieu urbain comme en milieu rural(2). Un produit acheté auprès d’une entreprise locale génère trois fois plus d’emplois, de revenus et de taxes que le même produit acheté à une entreprise non locale(3).
Dans le Pays de Ploërmel, les décideurs économiques et politiques n’ont pas encore tout à fait compris cela. Dans d’autres communes, cette prise de conscience est faite ou est en train de se faire.

Un outil dans le paysage local

Bien sûr, cette monnaie locale du pays de Ploërmel – qui verra le jour fin 2015 – ne vas pas résoudre toutes les difficultés que les habitants et les acteurs du territoire rencontrent. Elle ne va pas relancer l’économie locale et la création d’emplois du jour au lendemain. Elle n’est qu’une goutte d’eau dans un océan de problèmes. Mais elle s’ajoute à d’autres gouttes d’eau déjà existantes dans le champ de l’économie sociale et solidaire et n’a de sens que si elle est reliée à ces autres gouttes d’eau, si elle les fait grossir et en fait naître d’autres.

C’est dans ce cadre que plusieurs membres de l’association citoyenne Polen travaillent depuis deux ans à la mise en place d’une monnaie locale complémentaire dans le Pays de Ploërmel.

Octobre 2014. L'assemblée générale de l'association Polen vote le soutien au projet de monnaie locale.
Octobre 2014. L’assemblée générale de l’association Polen vote le soutien au projet de monnaie locale.

(1) : Sans compter que l’on ne connaît pas la qualité des produits que l’on y achète. Si votre moulin à café électrique tombe en panne, le service après-vente vous apprendra peut-être que ce modèle est soudé, afin qu’on ne puisse pas le réparer soit même. Et comme le devis de réparation coûte presque aussi cher que le moulin… vous irez rechercher dans votre remise le vieux moulin à café à manivelle qui n’attendait qu’un bon coup de nettoyage pour revenir à la vie.
(2) : Voir par exemple D. D. Fleming et S. J. Goetz, « Does Local Firm Ownership Matter ?/ », Rural Development Paper, n o 48, 2010, ou E. L. Glaeser et W. R. Kerr, ‘The Secret to Job Growth : Think Small’, Harvard Business Review, juillet 2010.
(3) : Voir www.ilsr.org/key-studies-walmart-and-bigbox-retail pour des études menées aux états-Unis. Tous ces éléments venus des états-Unis sont tirés du livre de R. Souchier Made in local. Emploi, croissance, durabilité : et si la solution était locale ?, Paris, Eyrolles, 2013.

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