Monnaies locales et crise financière : revenons à l’économie réelle !

Faute d’avoir tiré des leçons de la crise de 2008, nous voyons une nouvelle crise financière s’approcher à grands pas, qui risque de se traduire par de nombreuses faillites de banques et d’entreprises, suivies de plans d’austérité qui porteront encore de nouveaux coups à notre protection sociale, à nos services publics et à la santé de notre pays et de ses habitants (1).

Rappelons que le taux de pauvreté a déjà augmenté en France en 2018 et que, depuis les années 2000, les inégalités ne cessent de croître (2).

À tout cela, une raison principale : depuis une quarantaine d’années, nos économies se sont peu à peu déconnectées des territoires et des citoyens en entrant dans l’engrenage de la financiarisation (3).

C’est pourquoi nous invitons tous les citoyens à mieux connaître et à utiliser et soutenir davantage les monnaies locales de leurs territoires. C’est le moyen le plus efficace de revenir à l’économie réelle et de garantir que l’argent serve la production, le commerce et les emplois locaux.

Ceci, pour au moins trois raisons :
– une monnaie locale ne sert qu’aux actes commerciaux et ne peut être portée en banque. Elle n’alimente donc pas la spéculation boursière,
– les achats en monnaie locale sont possibles sur un territoire défini et, en général, en mode « circuits courts ». Ils consolident donc l’économie du territoire et renforcent ainsi sa résistance aux chocs économiques ou financiers,
– les producteurs de biens et services qui acceptent les monnaies locales sont le plus souvent dans ces circuits courts. Il y a peu ou pas d’intermédiaire entre eux et leur clientèle, ce qui leur permet de fixer eux-mêmes des prix justes et rémunérateurs, au lieu que ceux-ci soient fixés par des distributeurs de tailles de plus en plus importantes et souvent soumis aux aléas des mouvements boursiers. Avec les monnaies locales, on rémunère donc plus justement les producteurs et on améliore leur résilience.

Notes

(1) : Pour comprendre ces mécanismes d’enchaînements et aussi comment il sera possible, une fois la crise financière de 2020 passée, de mieux en empêcher une prochaine, lire par exemple « Crise financière à venir : faire dérailler le scénario du désastre » par Aline Farès.
(2) : Quant au chômage, la baisse des taux officiels cache une réalité moins rassurante.
(3) : Voir par exemple le livre récent L’esprit du capitalisme de Pierre-Yves Gomez, qui décrit ce passage mondial du « capitalisme accumulatif » au « capitalisme spéculatif » dans les années 1970-1980. On peut lire aussi La fabrique juridique des Swaps. Quand le droit organise la financiarisation du monde par Pascale Cornut St-Pierre (Paris, Sciences-Po, 2019) et La Fascination de l’ogre, ou comment desserrer l’étau de la finance, par Laurence Scialom (Paris, Fayard, 2019).