Les Monnaies Locales, les Plans Climat / Energie (PCAET) et autres Programmes Alimentaires Territoriaux (PAT)

L’Etat par le biais des régions impose à toutes les collectivités et à leurs groupements (communauté de communes, agglomérations…) la mise en œuvre de réponses locales permettant la réduction de Gaz à Effet de Serre (GES dont le CO²), la préservation de la qualité de l’air et plus généralement la réduction de l’empreinte écologique passant immanquablement par la question énergétique et les circuits courts.

L’obligation pour les collectivités se traduit dans leur capacité à obtenir des financements sur les différents projets portés dans tous leurs domaines de compétences. Ainsi, des clauses environnementales devront apparaître dans leurs marchés publics et leurs réponses aux appels à projets devront intégrer toutes ces dimensions. L’on peut regretter l’absence, pour le moment du moins, d’un fond de concours ouvert aux projets librement imaginés par les territoires leur offrant la liberté d’innover davantage… Rejoignant la situation bien connue des associations…

La prise en considération de l’empreinte écologique et énergétique a donc été définie sur les différents territoires français ces 5 dernières années, les acteurs économiques et sociaux locaux ont également été consultés, désormais ce sont des mesures concrètes, traduites en fiches actions issues de cette analyse qui seront planifiées pour permettre la compensation du développement économique linéaire (j’extrais, je transforme, je vend, j’achète, je jette) du siècle dernier par des mesures devant répondre à ce très ambitieux objectif de réduire de 50% nos émissions de GES et la consommation énergétique d’ici 2050. Ici l’économie circulaire (je réemploie, améliore, rénove, répare et recycle en dernier lieu) en vogue depuis 5 ans a de beaux jours devant elle, tant les défis sont nombreux.

Autant dire qu’au vu des données les plus récentes, les émissions de GES sont toujours en hausse et la consommation énergétique non renouvelable est à son plus haut niveau historique. C’est toutefois un pilotage au long cours et il est possible qu’une pente descendante soit atteinte par une majorité de territoires à l’occasion du point d’étape du PCAET prévu en 2030. Possible si et seulement si, ces mêmes territoires trouvent les moyens leur permettant d’atteindre ces ambitions, les monnaies locales complémentaires et citoyennes (MLCC) peuvent concourir à soutenir cette politique territoriale locale si et seulement si elle font corps avec la société civile.

Comment ? Les MLCC ont la propriété de pouvoir circuler sur un bassin de vie, entre des acteurs identifiés qui ont adopté une éthique et des pratiques en faveur notamment de l’humain et de l’environnement. L’intervention d’une collectivité peut permettre d’étendre la circulation d’une MLC à tous les acteurs vraiment locaux, leur donner l’ambition d’atteindre les objectifs du PCAET qu’ils soient agriculteurs, artisans, industriels ou commerçants en les accompagnant, en valorisant premièrement leur engagement éthique et local par le renforcement de la circulation monétaire dans leur réseau.

En effet, injecter des euros dans le circuit c’est les voir 9 fois sur 10 rejoindre le système bancaire et financier dans la journée. Soutenir l’émission en monnaie locale c’est assurer la circulation d’une masse monétaire dans le réseau des acteurs, à condition de s’engager à structurer, fluidifier sa circulation en trouvant des débouchés. Or c’est là que ça devient pertinent car les nœuds constatés vont permettre de rapidement identifier où sont les efforts à produire pour relocaliser la production ou permettre la diffusion des biens et services. Le renforcement du tissu économique par ce travail de précision viendra augmenter les échanges locaux tout en réduisant les intrants non nécessaires sans pour autant prôner l’autarcie. Il s’agit d’une optimisation de l’oïkos, de la production et de la circulation des richesses locales à destination en premier chef du local. Bien entendu l’ouverture est de mise, mais raisonnée.

La structuration de filières qui en découle viendra in extenso renforcer la capacité du territoire à répondre aux enjeux d’une Politique Alimentaire Territoriale tout en le dotant des outils de transformation garants d’une qualité de produit et de production source d’emploi et de bien vivre localement. Ce travail de structuration pourrait avantageusement être accompagné d’une animation de réseau permettant l’engagement des professionnels et d’améliorer leurs pratiques en vue de réduire leur empreinte environnementale et énergétique selon des critères établis en coordination avec les pouvoirs publics.

Ainsi que ce soit par l’accompagnement au déploiement de production d’énergie solaire photovoltaïque ou thermique (avec un cofinancement citoyen possible), la réduction des distances parcourues dans leurs circuits d’approvisionnement ou encore la mise en œuvre d’un tri plus complet pour chaque secteur répondant au tri des déchets plus spécifiques du bâtiment ou de l’artisanat, l’approche par filière permettra une réponse concertée et ajustée. Là encore se doter localement de la compétence pour porter la mise en œuvre de ce tri, des installations solaires ou de la gouvernance d’une logistique locale peut être avantageusement soutenu par les Monnaies Locales Complémentaires avec une émission monétaire dédiée complémentaire à celle réalisée par l’Etat pour la transition énergétique de l’habitat.

« Dans le bassin roannais, dans la région Auvergne-Rhône Alpes, la coopération entre collectivités, associations et entreprises permet de mutualiser et de valoriser les déchets (bois, cartons, bio-déchets) afin qu’ils deviennent des ressources territoriales, à la disposition de tous. Une entreprise les trie, les conditionne et les revend. Les impacts environnementaux ont été réduits de 60% et les différentes parties prenantes se sont engagées à s’investir dans ce projet de développement durable. » (extrait de la lettre du Labo de l’ESS janv. 21)

Tout ça peut bien entendu être réalisé en euros, toutefois le recours à une MLCC concoure à la relocalisation systématique des échanges et vient éclairer, par la circulation monétaire, les circuits à l’œuvre. Associée à un fond de dotation permettant de défiscaliser les dons, la MLCC peut permettre de flécher l’épargne ainsi collectée à destination de projets locaux comme la production d’énergie ou le développement d’espaces de solidarité. Si tout ne pourra pas être dépensé en MLCC, la partie qui le sera pourra renforcer encore ce mouvement avec un mécanisme déjà éprouvé par l’Eusko, la plus importante monnaie locale d’Europe :

L’Eusko a ainsi créé une solidarité entre le secteur privé et le secteur associatif avec la mise en place d’un prélèvement de l’ordre de 5% sur chaque euro transformé en Eusko qui se voit déduit lors des reconversions en euros par les professionnels. Ainsi en toute légalité le fond de garantie (de 3 millions d’unités en circulation en 2020) a permis de dégager 150 000 Euskos en 5 ans à destination des associations du secteur dont 60 000 Eusko pour le financement de la Monnaie. Précisons que tous les acteurs qui font l’effort de la circulation ne sont pas pénalisés et que seuls s’acquittent, en sortie, des 5% ceux qui ne peuvent relocaliser leurs échanges… Quoi qu’il en soit 5% sont consacrés à cette solidarité locale privé – ESS.

Autre avantage, ce sont les consom’acteurs qui choisissent les associations à soutenir lors de leur adhésion annuelle à la MLC. Ainsi tous les changes réalisés par la personne verront le versement en fin d’année des 3% à destination de l’association retenue, ajoutant une échelle de solidarité supplémentaire qui associe étroitement les consommateurs au soutien du tissu socio-culturel local. Dépenser son argent localement est donc aussi un moyen d’accompagner démocratiquement (ma conso est un bulletin de vote) la dynamique socio-culturelle en plus de la production.

Ce sera aussi le cas des touristes qui pourront, à l’aide de guides locaux éthiques, sortes de coffrets cadeaux locaux comme le guide de Climaction ou plus touristique le Sac cadeaux du Galais disponible sur les marchés du Pays de Ploërmel ou en ligne : découvrir un territoire avec les acteurs qui y sont attaché, le font vivre et en forme l’identité.

En somme nous oeuvrons depuis des années au développement de circuits courts économiques et solidaires (CCES). Toutefois nous devons être attentifs à enrichir par les échanges notamment commerciaux sur des filières vertueuses plus éloignées géographiquement. Nous ouvrirons sur un nouvel extrait du Labo de l’ESS de janvier 21 Pour nous, un CCES est une forme d’échange économique valorisant le lien social, la coopération, la transparence et l’équité entre les acteurs. Nous privilégions ces critères à la seule proximité géographique et à la limitation du nombre de parties prenantes concernées. Nous faisons naître une dynamique dans laquelle les producteurs, distributeurs, usagers, consommateurs sont impliqués dans le temps ; ils interagissent et développent des écosystèmes vertueux, tant localement que sur de grandes distances. Car être dans une logique de circuit court, ce n’est pas renoncer à manger varié et équilibré toute l’année sous prétexte qu’il ne faudrait consommer que local. Mais c’est se soucier de l’environnement, des coûts liés au transport et de la rémunération de chacun des intervenants qui ont participé à faire venir les denrées d’un peu plus loin. »

Françoise Bernon
Chargée de mission au Labo de l’économie sociale et solidaire (ESS).
http://www.cc-sudestuaire.fr/plan-climat-air-energie-territorial/